Lorsq
ue je dialogue avec des mamans dont l'enfant est porteur de la
micro délétion 22q11, je constate très souvent que ces mamans, malgré les difficultés que leur enfant rencontre dans son parcours scolaire, hésitent beaucoup et ne souhaitent pas révéler la cause
exacte de ses difficultés jusqu'à ce que cela devienne obligatoire, l'enfant étant en situation d'échec grave.
Elles craignent une certaine exclusion de la part des enseignants, une mise à l'écart, à l'index peut-être même inconsciemment.
Mais que de temps perdu pour mettre en place une prise en charge et les adaptations scolaires indispensables
Aussi, j'ai été extrêmement surprise par l'attitude de Sabine et de son fils Thomas lorsque je suis allée parler de la micro délétion à Chabons à l'occasion de l'opération « bol de riz » organisée par l'école de Thomas au profit de notre Association.
Non seulement l'école est au courant du syndrome et du handicap de Thomas, mais ils ont réalisé à l'école un panneau expliquant le syndrome et ses conséquences possibles et Thomas a fait, lui-même, un exposé pour expliquer à ses camarades les raisons de ses difficultés.
Au cours de cette réunion, j'ai pu constaté que Thomas était un enfant heureux et épanoui qui courait et jouait avec ses camarades.
Au moment où tout le public s'est assis pour écouter mon exposé, il s'est installé avec ses camarades à la première rangée de chaises et tous ont écouté attentivement, après quoi, la directrice de l'école qui est également la maîtresse de Thomas est venue me remercier de toutes les informations données qui lui permettront de mieux prendre en compte les difficultés liées au syndrome.
Voilà une expérience extrêmement positive, me suis-je dis...
Et depuis, je me pose cette question, pourquoi avoir tellement peur de dire que l'on a un enfant simplement différent ?
Ce n'est pas une infamie, ni une tare...il est juste un peu différent de ses camarades et de ses frères et sœurs, mais cela ne l'empêchera probablement pas d'être heureux pour peu que la société, dans laquelle il va vivre, accepte sa différence, lui accorde la place qui lui revient et qu'il ait la possibilité d'être utile à cette société.
C'est en substance ce que disait le prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus (le banquier des pauvres) interviewé à la télé au moment des manifestations sur la revalorisation des aides aux handicapés : ce n'est pas l'argent que l'Etat donne qui est important, mais bien plutôt la possibilité, pour tout être humain, quelque soit son handicap, d'être utile et d'en toucher une juste rétribution.
Et c'est effectivement là que le bât blesse pour beaucoup,
Nous vivons, nous Français, dans une société qui prône depuis toujours l'égalité, voire la similitude.
Tous les enfants doivent suivre le même parcours scolaire, passer le bac au risque d'être montré du doigt comme inculte ou fainéant et l'éducation nationale a très largement relayé cette forme de pensée avec, par exemple, le collège unique.
Bien entendu, je n'accuse pas les enseignants qui ont toujours été les otages des politiques et de nos élites bien pensantes, mais le fait est là.
Et que fait-on de la diversité ? Elle est pourtant inscrite dans nos gènes, personne aujourd'hui ne peut prétendre l'ignorer.
Et pourtant, il s'est avéré nécessaire de nommer un « Commissaire à la Diversité », Mr Yazid Sabeg, qui a toutes les peines du monde à se faire entendre.
On n'a même pas le droit, en France de réaliser et de publier des études sur les différentes ethnies qui constituent le peuple français, alors comment pourrait-on parler et du même coup aider des personnes simplement différentes à s'insérer dans cette société qui est la leur, quelque soit leur origine et leur histoire.
Et sans vouloir, d'une quelconque manière, faire de politique, il faut bien reconnaître que, pour la première fois depuis plusieurs décennies, nous avons un Président de la République qui s'est sérieusement penché sur cette question, avec plusieurs ministres et secrétaires d'état issus de cette diversité qui est la notre.
Avec également des personnalités fortes comme Martin Hirsch et Richard Descoing qui ont accepté de se mettre à l'écoute de nos enfants, d'essayer de les comprendre et de proposer des solutions, non pas dogmatiques, mais pratiques pour une société plus solidaire et plus efficace, les deux vont ensemble car on ne peut pas aider les plus fragiles sans leur donner le sentiment d'exister, d'être utile à la collectivité et sans leur permettre d'en tirer un juste profit pour eux-mêmes.
Et là, je pense que notre rôle et le vôtre sont primordiale,
Il nous appartient et vous aussi, et d'abord..., de nous saisir de cette réalité et d'en faire notre profession de foi, car, comment espérer avancer, si nous et vous, qui sommes au cœur de cette diversité, nous ne sommes pas en mesure de l'assumer.
Nous ne pouvons que souhaiter que cette ouverture de notre société vers les plus fragiles se poursuive et s'amplifie même, la création de classe UPI en collège et maintenant en lycée est un bel exemple de reconnaissance de la diversité au niveau de l'Education Nationale.
Les Grandes Ecoles et les Universités s'en saisissent également afin de former des nouveaux cadres et des patrons capables d'appliquer cette diversité dans leurs futures entreprises.
Les plans de financement pour l'apprentissage et les contrats de professionnalisation en sont un autre volet très important car tous ces dispositifs peuvent aider nos enfants à s'intégrer et à trouver leur juste place dans la société.
Heureusement, la plupart de nos enseignants comprennent les besoins spécifiques de nos enfants et nous pouvons espérer que notre société continue d'évoluer et que les entreprises prendront le relais lorsque nos enfants seront devenus adultes.
Une charte prônant la diversité a d'ailleurs déjà été signée par de grandes entreprises.
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